Les trois registres du transfert par Anne Béraud

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Le transfert concerne les trois registres. Pour l’imaginaire, le leurre de l’amour en fait une résistance : « s’il y a un domaine où, dans le discours, la tromperie a quelque part chance de réussir, c’est assurément l’amour qui en donne le modèle. Quelle meilleure manière de s’assurer, sur le point où on se trompe, que de persuader l’autre de la vérité de ce qu’on avance! N’est-ce pas là une structure fondamentale de la dimension de l’amour que le transfert nous donne l’occasion d’imager ? À persuader l’autre qu’il a ce qui peut nous compléter nous nous assurons de pouvoir continuer à méconnaître précisément ce qui nous manque. Le cercle de la tromperie, en tant qu’à point nommé il fait surgir la dimension de l’amour. » 1
Pour le symbolique, Lacan introduit ce qui en fait le pivot : la fonction du sujet supposé savoir. « On voit que si la psychanalyse consiste dans le maintien d’une situation convenue entre deux partenaires, qui s’y posent comme le psychanalysant et le psychanalyste, elle ne sauvait se développer qu’au prix du constituant ternaire que le signifiant introduit dans le discours qui s’en instaure, celui qui a nom : le sujet supposé savoir […] » 2
Pour le réel, « le transfert est la mise en acte de la réalité de l’inconscient », c’est-à-dire de la réalité sexuelle.3

  1. Lacan, J., Le Séminaire, livre xi, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse [1964], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1973, p. 121.
  2. Lacan, J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Seuil, Paris, 2001, pp. 248-249.
  3. Lacan, J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Op. cit., p. 133.