De l’inconscient transférentiel à l’inconscient réel par Epaminondas Theodoridis

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Le transfert prend son départ dans le sujet supposé savoir qui, comme J.-A. Miller le souligne, « c’est le nom de l’inconscient en tant que transférentiel. Il n’y a pas l’inconscient d’abord et puis le transfert. La position même de l’inconscient, sa position opératoire, tient au transfert comme transfert de savoir. » Le sujet supposé savoir est la dimension symbolique du transfert. L’analysant transfère le savoir à l’analyste, il suppose que l’Autre sait et il est en mesure de lui répondre par un S2 qui donnera sens à son S1 énigmatique. C’est le travail du déchiffrement des formations de l’inconscient qui s’effectue dans la cure. Mais ce déchiffrement, cette quête du sens peut aller à l’infini.

Dans son Introduction à l’édition allemande des Écrits Lacan propose une autre perspective, « qu’il n’y a communication dans l’analyse que par une voie qui transcende le sens, celle qui procède de la supposition d’un sujet au savoir inconscient, soit au chiffrage. Ce que j’ai articulé : du sujet supposé savoir. » Ce n’est plus le savoir inconscient qui est supposé mais qu’à ce savoir inconscient l’analysant suppose un sujet. Il ne sait pas ce qu’il dit parce que dans son dire quelque chose est chiffré. Le travail du chiffrage de l’inconscient, « l’inconscient interprète » avancé par J.-A. Miller, suppose donc un sujet. Ce sujet n’est pas purement l’effet du signifiant puisque « dans le chiffrage est la jouissance ».

Et Lacan continue, « c’est pourquoi le transfert est de l’amour, un sentiment qui prend là une si nouvelle forme qu’elle y introduit la subversion, non qu’elle soit moins illusoire, mais qu’elle se donne un partenaire qui a chance de répondre, ce qui n’est pas le cas dans les autres formes. » L’amour du transfert est un amour qui s’adresse au savoir, dit Lacan. De quel amour s’agit-il ici? Ce n’est pas l’amour de l’Autre qui sait et qui répond par le S2. Ce n’est pas l’amour du savoir adressé au S2, à la connexion S1-S2. C’est une nouvelle forme d’amour dont le partenaire, l’analyste, n’est plus l’Autre qui répond mais celui qui ait chance de répondre. L’analyste par sa présence, par son corps, incarne ce qui échappe au savoir articulé. Par sa réponse contingente il n’alimente pas l’amour du déchiffrage, mais il transcende le sens et vise la jouissance, la marque du S1 tout seul déconnecté de S2. Ainsi, il peut ouvrir la voie chez l’analysant vers l’inconscient réel, vers « ce qu’on sait, soi, tout seul ».

Miller J.-A., « Notre sujet supposé savoir », Lettre Mensuelle, No 254, janvier 2007, p. 5.

Lacan J., « Introduction à l’édition allemande d’un premier volume des Écrits » (1973), Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 557.

Ibid. p. 556.

Ibid. p. 557-558.

Miller J.-A., « L’inconscient réel », Quarto, No 88-89, décembre 2006, p. 8.