Compte-rendu des Journées du 18 et 19 mai 2018, organisées par la Société Hellénique de la NLS en Crète, avec Bruno de Halleux

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Dans le cadre de ses activités, la Société Hellénique de la NLS en Crète, a eu le plaisir d’accueillir le psychanalyste Bruno de Halleux, membre de l’ECF, de la NLS, et de l’AMP.

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Vendredi 18 mai, dans la salle du Musée d’Histoire Naturelle d’Héraklion, devant un auditoire de 160 personnes, témoignant d’un vif intérêt pour la psychanalyse, Bruno de Halleux a donné une conférence dont le sujet « Et si on parlait d’Amour ? ».

Bruno de Halleux nous a proposé un discours sur la question de l’amour et de la rencontre amoureuse en Psychanalyse, composé de sept fragments, s’inspirant du livre de Rolland Barthes « fragments du discours amoureux ».

En partant du Séminaire VIII de Lacan, sur le transfert, il s’est référé au Banquet de Platon, et au dialogue mythique entre l’érastès, comme sujet du manque, et l’érômenos, soit un sujet pourvu de l’objet agalmatique, en faisant le point de la définition de l’amour : amour c’est donner ce qu’on n’a pas. Nous a parlé du passage de la contingence à la nécessité, qui fait la destinée et le drame de l’amour, et de la place de l’Autre dans le transfert.

En concluant, il s’interroge sur l’amour après une analyse, en citant Lacan qui parle de l’amour plus digne, celui d’un sujet, qui a pris la mesure de la responsabilité de sa position subjective, consciente et inconsciente, et qui a assumé radicalement l’Un tout seul.

Samedi 19 mai, Bruno de Halleux a animé un séminaire théorique, portant sur « Le langage dans la clinique des psychoses. Du signifiant et du signifié ». Les participants étaient du programme annuel des séminaires en Crète : psychiatres, internes en psychiatrie, médecins, psychologues, étudiants en psychologie, et des collègues qui se sont déplacés pour venir d’Athènes, à savoir une cinquante personnes.

Dans la matinée, Bruno de Halleux, orienté de tout dernier enseignement de Lacan et du cours de J.-A. Miller « L’Etre et l’Un », aussi bien que de son travail clinique avec les enfants autistes, nous a fait parcourir avec finesse et clarté, le concept du signifiant tout seul, en essayant de nous introduire à la nouvelle modalité de l’inconscient, qui prend compte le rapport du signifiant avec le corps et saisit le transfert d’une autre manière.

Pour aborder ce concept du signifiant, Bruno de Halleux reprend le Séminaire III, Les Psychoses, où J. Lacan fait référence à l’autonomie du signifiant, au signifiant comme tel qui ne signifie rien, au signifiant asémantique, c’est-à-dire qu’il ne renvoie à aucune signification. Du signifiant, que Lacan décrit comme l’Un tout seul, ou encore Ya d’l’un. J.-A. Miller nous dit que ce signifiant tout seul, il nous sert à trouver le savoir qui est dans le réel.

J. Lacan au sujet de la communication, remarque qu’il ne s’agit pas du signifiant avec sa signification, mais de prendre acte du signe comme tel, de prendre acte du message. C’est l’accusé de réception qui est l’essentiel de la communication en tant qu’elle est, non pas significative, mais signifiante.

Suivant l’exposé d’E. Laurent aux journées de l’AMP sur le sujet des psychoses ordinaires et les autres sous transfert, Bruno de Halleux, s’est référé au transfert et sa nouvelle modalité qui vise à « faire vrai » le sujet, – à l’envers de l’enseignement classique de Lacan qui vise à « faire être » le sujet. Il s’agit d’une modalité du transfert, qui prend en compte l’achoppement, l’Une-bévue du sujet confronté à lalangue et ses instabilités, ses glissements permanents.

Faire vrai l’achoppement, c’est une position de l’analyste dans le transfert, qui va au-delà de la position déjà existante, de secrétaire ou de témoin, en se situant au niveau de l’interprétation paradigmatique, comme une jaculation, qui met au jour la percussion du signifiant sur le corps, et en produisant un effet de sens réel.

Le dit de l’analyste, désigne un usage du signifiant avec un effet de sens réel, résonne avec le signifiant tout seul, avec le signifiant premier, celui qui s’est articulé mystérieusement au corps pour transformer le sujet en parlêtre.

J.-A. Miller nous enseigne dans « l’Etre et l’Un », que le parlêtre vient prendre la place de l’inconscient. Le transfert, dans son nouvel usage, doit comporter l’acte pour faire semblant de vrai. L’interprétation, dans la logique du Y’a d’l’Un devient jaculation.

Dans l’après-midi, deux cas cliniques ont été présentés par Maria Papadaki (psychologue membre de la Société hellénique) et Ioanna Fioraki (psychologue membre de la Société hellénique). Ils ont ensuite été commentés par Bruno de Halleux, et ont donné lieu à une discussion animée entre les participants.

Grâce à la clarté de ses propos, Bruno de Halleux nous a permis d’approfondir des points théoriques majeurs de la pratique analytique. Il a suscité en chacun de nous un vif intérêt pour continuer à parcourir le chemin, animé par le désir de savoir. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié.

Maria Papadaki, déléguée de la Société hellénique en Crète