Transfert et transmission par Mariela Vitto

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Les trois états du transfert – sauvage, politique et psychanalytique – m’évoquent la question de la transmission de la psychanalyse, qui a préoccupée tant Freud que Lacan. Comment la transmettre sans qu’elle trahisse ses fondamentaux ? Et quel type d´institution y est nécessaire ?

Dans « A propos de la psychanalyse dite sauvage », Freud2 relate le cas d’une dame très critique envers un médecin qui avait donné un sens sexuel à  son angoisse, en utilisant la théorie analytique sans avoir été formé à l’analyse.

« L’enseignement de la psychanalyse ne peut se transmettre d’un sujet à l’autre que par les voies d’un transfert de travail », dit Lacan3. C’est Freud qui a lié transfert et travail. Le psychanalyste induit l’amour du savoir et le travail de transfert. L’analysant travaille tandis que l’analyste supporte l’acte analytique.

Lacan indique que son Ecole, à laquelle revient de dispenser une formation, a besoin de « travailleurs décidés ». Ce qui est visé n’est pas l’effet de groupe mais bien l’effet sujet.

Lacan n’a pas, comme Freud, créé une société. Dans l´Acte de fondation de son Ecole, il ne dit pas « on » fonde, mais  « je fonde, aussi seul que je l’ai toujours été́ dans ma relation à la  cause psychanalytique»4. Celui qui fonde n’est pas une société, ni un collectif, souligne J.-A. Miller.5

Cette Ecole est apparue dans le Champ Freudien comme un espace appelé à se peupler au nom d’un travail. Le titre du congrès nous invite à poursuivre le transfert de travail vers la NLS. Et, comme le dit Lacan, « Il viendra peut-être un temps où l’ on s’apercevra qu’être psychanalyste peut être une place dans la société ».6

2 Freud, « A propos de la psychanalyse dite sauvage », La technique psychanalytique, PUF, Paris 1981, p. 35.
3 Lacan : « Acte de fondation », Autres Ecrits, Seuil, p.236.
4 Ibid, p. 229
5 J.A. Miller, L’ orientation Lacanienne, Le banquet des analystes, 1989 -1990.
6 Lacan : Mon enseignement, Seuil, Paris, 2005, p. 64.