Transfert et présence de l’analyste (2) par Frank Rollier

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Le texte ci-dessous est la suite de l’article : Transfert et présence de l’analyste (1) par Frank Rollier

Internet propose  une profusion de thérapies à distance –chat on line, réalité virtuelle, psy-robot. En Chine, la psychanalyse par Skype rencontre un vif succès. Si la psychothérapie reste rivée au sens et peut se contenter d’une écoute à distance, qui n’exclue pas de possibles effets de transfert, qu’en est-il pour la psychanalyse qui, elle, vise à une ouverture de l’inconscient ?

2- La coprésence en chair et en os est nécessaire

  Une praxis reposant sur le transfert peut-elle être opérante en excluant la mise en présence réelle des corps ?  

 Dans son dernier enseignement, Lacan met l’accent sur lalangue qui imprime sa marque de jouissance sur le corps du parlêtre. L’interprétation de l’analyste qui, par sa présence, vise à incarner l’objet a, pourra s’effectuer avec son corps, jusqu’à jouer « à l’événement de corps, au semblant de traumatisme » pour toucher la jouissance.

     J.-A. Miller avance qu’ « apporter son corps en séance », c’est faire « l’expérience de soi comme corps parasité par la parole », mais que « se voir et se parler, cela ne fait pas une séance analytique (…) La coprésence en chair et en os est nécessaire, ne serait-ce que pour faire surgir le non rapport sexuel », ce réel auquel le parlêtre ne cesse de se confronter. Il ajoute que « tous les modes de présence virtuelle, même les plus sophistiqués, buteront là-dessus », c’est à dire sur « le non-sens du rapport sexuel », cause du ratage  qui affecte le parlêtre.

       Des séances via Skype ne peuvent s’envisager que si « les circonstances ne permettent pas de faire autrement » propose  E. Laurent,  en complément exceptionnel de séances effectuées corps présents. Sinon, leur absence fait symptôme du ne rien vouloir savoir de ce qui rate, et elle devient elle-même symptôme du refus de l’impossible. L’obscurantisme que Lacan dénonçait en 1964 comme « très caractéristique de la condition de l’homme en notre temps de prétendue information » n’a rien perdu de son actualité.

      La présence réelle de l’analyste, qui est la mise en acte de son désir, reste plus que jamais un enjeu éthique et politique.

  1. GUYONNET D.: « La skype analyse en Chine…». CDD N° 97, p. 26.
  2. LACAN J. : Le sinthome, p. 66.
  3. LAURENT E. : Sur l’envers de la biopolitique, Quarto 115-116   p. 16.
  4. MILLER J.A : «  Le divan. XXI° siècle…». Libération  03.07.1999
  5. Ibid.
  6. LACAN J. : « Télévision », Autres Ecrits, p. 513.
  7. LAURENT E. : « Jouir d’internet », CDD N° 97, p. 18.
  8. GUYONNET D.: « La skype analyse en Chine », CDD N° 97. p. 29.
  9. LACAN J. : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 116.