Le réel du transfert par Philippe La Sagna

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La réalité du transfert est ce qui nous donne accès à la réalité sexuelle. Dans son Séminaire VIII Lacan note : « Ce dont il s’agit dans le désir c’est d’un objet, non d’un sujet »1. Et il ajoute « un objet devant quoi nous disparaissons comme sujet. » C’est ce qu’il appelle « le commandement épouvantable du Dieu de l’amour ».

Le transfert ce n’est pas une illusion, mais il comporte au contraire une face de réel. D’ailleurs l’amour de transfert est un echt Lieb pour Freud. Donc le transfert est aussi un accès à ce qu’il y a de réel dans l’amour. Au début du Séminaire VIII Lacan souligne que classiquement le transfert est quelque chose qui ressemble à l’amour et aussi qui «  met en cause l’amour »2.

Ce qui ne peut être interprété, ce qui ne peut être entendu, ce n’est rien d’autre que ce qui s’incarne dans l’objet a. Alors le problème si l’analyste devient attentif à cette dimension de l’objet chez le patient, c’est pour l’analyste de devenir «  celui qui voit petit a »3, il est « le voyant ».   L’analyste alors risque  de devenir le sujet barré, hypnotisé par petit a, par l’objet qu’il rencontre chez le patient. C’est un point que Lacan reprendra dans le Séminaire XI.

Mais qu’est-ce qui permet alors que l’objet se situe plutôt du côté de l’analyste et non du côté du patient ? Comment sortir de l’hypnose pour l’analyste ?

Dans ce Séminaire VIII ce qui est supposé, du côté de l’analyste, laisser une place libre pour cet objet a de son côté c’est ce que Lacan qualifie de présence réelle. : «  Et donc par une antinomie, par un paradoxe qui est celui de notre fonction, c’est à la place même où nous sommes supposés savoir que nous sommes appelés à être, et à n’être rien de plus que la présence réelle en tant qu’elle est inconsciente » 4.

L’analyste n’est pas que supposé savoir, il est censé représenter la présence réelle. C’est-à-dire quelque chose qui se tient entre les signifiants5.

Lacan posera que le transfert est lié au Sujet Supposé Savoir, c’est-à-dire que vous aimez celui à qui vous supposez un savoir. Mais, il faut faire attention avec cela. Le ressort de l’amour c’est aussi ce que l’on ne sait pas. Donc, cela suppose que l’analyste soit un Sujet Supposé Savoir mais qui sache préserver l’inscience. C’est-à-dire qu’un analyste doit préserver la dimension du « je ne sais pas ». S’il piétine trop avec du savoir « non supposé », cet espace du « je ne sais pas », il casse le transfert. Et ce « je ne sais pas » touche au réel sexuel. La façon dont se manifeste la qualité de cette inscience, va être la source vive de la question de l’analysant à l’analyste : mais qu’est-ce qu’il veut : « Che vuoi ? »

  1. LACAN, J., Le Séminaire, livre viii, Le transfert [1960-1961], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1991, p. 203.
  2. Ibid, p. 82
  3. Ibid. p. 315.
  4. Id.
  5. Id.