L’affiche par Anne Ansermet

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Dans l’œuvre du photographe Laziz Hamani, il y a cette série intitulée « Itinéraire d’une toile inachevée ».  Nous avons choisi l’une d’elle – « Continuité » – qui ouvre un espace en enfilade, jusqu’à l’énigme d’une toile blanche rectangulaire qui constitue le fond de la photographie, pour déboucher alors, peut-être, sur un tableau à venir. Comment savoir si ce blanc est ouverture ou fermeture ? A l’époque de cette œuvre, Laziz Hamani allait de lieu en lieu avec un « canevas », cette toile blanche au format inchangé, qu’il plaçait dans les lieux spécifiques de ses interventions, laissant place à des œuvres inédites, surgies d’un certain hasard. Comme ce jour où le canevas s’est envolé, pour se placer dans l’environnement, créant de nouvelles dimensions, inattendues.

Une contingence, telle que celle qui peut se produire dans une analyse ? La toile blanche, à la fois continuité et discontinuité, transfère d’un espace à un autre, avec la surprise du hasard : un incident qui fait passer d’un espace continu à une question énigmatique. L’inspiration, surgie du blanc, crée du nouveau là où on pensait retrouver le même. On trouve autre chose que ce que l’on cherchait. Reste à s’en saisir.

N’en est-il pas de même avec le transfert ?  Le transfert, dans tous ses états, est aussi continuité et discontinuité. Continuité : il met en acte l’inconscient. Discontinuité : il procède de l’insu qui reste inaccessible, du “réel en tant qu’il est troué”. Comme ce que suggère cette image, le transfert est aussi un « domaine intermédiaire » à travers lequel s’effectue des passages en série, des franchissements. Mais sur quoi débouchent-ils ? Peut-être, comme dans cette œuvre : sur un blanc, un écran blanc, une surface vide, sur laquelle rien n’est encore inscrit, au-delà du connu, du déjà vu, qui transfère tout ailleurs de là où on était.