Le transfert et le corps du psychanalyste par Anne Béraud

#

Le psychanalyste, dit Lacan, prête sa personne « comme support aux phénomènes singuliers que l’analyse a découverts dans le transfert »1.

L’analyste joue sa partie en prêtant sa présence. Ainsi, la réalité sexuelle de l’inconscient ne s’aperçoit que si elle est incarnée par la présence de l’analyste. La présence de l’analyste actualise la part sexuelle pulsionnelle de l’inconscient, qui est au-delà des mots. Voilà pourquoi Lacan précise que « la présence de l’analyste (…) doit être incluse dans le concept de l’inconscient. » 2 La présence de l’analyste est le témoignage du versant réel de l’inconscient. L’analyste prend, dans le transfert, une place comme présence réelle. Et cette présence incarne ce qui ne pourra jamais se dire.

« La présence de l’analyste est elle-même une manifestation de l’inconscient »3 parce que la pulsion est une manifestation de l’inconscient sur son versant réel, non signifiant. Une formation de l’inconscient est toujours signifiante. Ici, il s’agit d’une manifestation de l’inconscient, et non d’une formation de l’inconscient. Et cette manifestation est présentifiée, révélée par la présence et l’acte de l’analyste.4

« (…) l’analyste, dans sa présence, incarne quelque chose de la jouissance, c’est-à-dire incarne la partie non symbolisée de la jouissance.5

Et Jacques-Alain Miller précise encore : « (…) la présence nécessaire de l’analyste en chair et en os en est le témoignage. »

L’acte de l’analyste, en position de semblant d’objet, noue les trois ronds du symbolique, de l’imaginaire et du réel. De par la présence du corps de l’analyste, le corps pulsionnel est engagé.
Ainsi, il y a donc autre chose en jeu dans la séance : ce qui ne peut pas s’énoncer parce qu’il manque de mots, ce qui ne peut pas se savoir parce qu’il est impossible à savoir, au sens d’un trou dans le savoir. L’interprétation, pas nécessairement faite de mots, porte alors sur cet impossible à dire et vise la pulsion dans son étoffe de jouissance.

LACAN J., « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Écrits, Seuil, Paris, 1966, p. 587.
LACAN J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 116.
LACAN J., Ibid, p. 115.
LACAN J., « La troisième », Lettres de l’EFP,  no 16, novembre 1975, p. 187.
MILLER J.-A., « L’inconscient à venir », La Cause du désir, no 97, Internet avec Lacan, novembre 2017, p. 108.